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Full text of "Suite du plan d’instruction publique / présenté par A.H. Wandelaincourt."

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CONVENTION NATIONALE. 

— " — 

SUIT E DU PLAN 

D'INSTRUCTION PUBLIQUE 

PRÉSENTÉ 

Par A. H. WANDELAINCOURT, 

Député du Département de la Haute- Marne. 
Imprimé par ordre de la convention nationale. 

DE. L'ART DE PENSER, 

DÉBARRASSÉ DU FATRAS ET DES ÉPINES DE L'ÉCOLE , 

O u 

Expojltion d'une méthode pour Je procurer, en moins de 
qu'unie jours, les notions les plus claires, les plus utiles 
& les plus ejjentielles j fur les opérations de l'tfprh dons 
la recherche de la vérité & l'étude de la nature. 

. ibcndl rteie , J avare eji & principium & fous. 
. Hor. art. poet. 



J_j Enfant. J'entends répéter fans cefle que , pour p i 
& écrire correôement, il faut s'accoutumer à penfer jufte: 
apprenez nui, je vous piie, la méthode de )* faire \ car 
j'ai uu grand defir de bie» peirl 

A 



1 

Le Maure. Votre déhr eft trè*-louable ; car la feience ; 
après la vertu , eft le plus ^rand de tous les biens, le 
plus convenable à L'homme, cV celui qui le diftingue le 
plus de la brute. L ignorance eft l'image de la mon. On a 
»n tie dire que p nu bien parler il faut bien penfer \ cV, 
pour bien penfer, il faut s'accoutumer à refléchir fur ce 
qui fe pane en nom , & à bien connoître la nature de nos 
; i 

L'enfant. Mais j'ai entendu dire qu'il n'y avoir aucune 
connoiflànce cet ta] ne. 

Le maître. Vous avez entendu dire une fauffeté. Il y a des 
principes fûts Se 6 inconteftables , qu'il eft impoflîble qu'ils 
foient jamais faux. Cela doit erre àinfi , autrement la fociéte 
: nous ne ferions tous qu'un amas 
confus de vifionnaires & d'infenfés; nous n'irions plus 
• bafard , fans obferver ni principes, ni lois , ni règle; 
le monde ne feroit plus qu'un théâtre de confulïon c*c de 
défordre. 

Des idées. 

L 9 enfant. On dit cependant que nous ne connoiiioiis 
pas 'es choies en elles-mêmes. 

Le ma tre. On a raifort de le dire : nous ne connoiflons 
les choies que par les idées que nous nous en formons • 
de forte que fi nous n'avons pas un» idée exacte des chofe* , 
nous les connoiiTbns mal, & que v.ovs ne les connoiflons 
p.is abfolument , ii nous n'en avons point d'idée. En confe- 
quence, pour fe procurer beaùo up de connoifiances , il 
faut travailler a avoir une gran le abondance d'idées bien 
dirigées. 

L'enfant. Qu'eft-ce donc qu'une idée ? 

Le maure. L'idée, c'eft tout ce que l'cfprit appercoic; 
c'eft la reprefuitation , l'image qu'il fe forme de quelque 
cbofe« 

7 font. Comment notie ame parvient-elle à acquérir 
des idées ? 



y 
Le maître. Très-facilement : un cheval 3 une mouche , 
un arbre # une maifon , frappent ma vue , & Jaiflfeut dans 
mon efprit leur représentation ou leur image. Cette repré- 
tentation eft ce c[\\t Von nomme idée. 
D. Qu'arrire-t-il alors ? 

R. Trois chofes : i°. le cheval , la mouche, <3cc. frap- 
pent mes yeux; cette aclion s'appelle fenfation. 2 . Ce 
mouvement qui fe fait fur l'organe de ma vue, laide dans 
mon ame la repréfentatiori de routes ces choies ; c'eft ce 
qu'on nomme idée, y'. Mon efpnc fait attention à ces 
ropréfentarions ; voilà la penfée* 

D. Quelles règles doit-on obferver touchant les idées ? 
R. C'eil d'y mettre de la clarté, de la netteté , de la 
jufteflè, de la precifion. Pour cela, il faut obferver deux 
chôfes: i°. on doit s'accoutumer a confïdérer les objets 
fous toutes le- rs faces , s'attacher à découvrir les relations 
qu'ils peuvent avoir enfemble, &: les d ffërences qu'elles 
mettent cntr'.ux. z°. Quand il eft queftion de juger d'una 
idée , il ne faut en prononcer que ce que nous en con- 
noiflbns & de la manière que nous en avons connoilïànce. 
D. Comment pouvons -nous manifefter en dehors nos 
idées ? 

R. Par des urnes ou par des paroles. 
D. Qu'eft-ce qu'un mot ? 

R. C'ell fcn terme deftiné à fignifier une idée Se Fobj »t 
qu'elle repréfente. Ainiî L mot JoUil eft un terme fran- 
çais , qui exprime laftre qui nous édaire pendant le jour. 
Chaque langue a les termes propres & particuliers , tandis 
que les idées font les mêmes ch< z tous les hommes. 

D. Quel es règles doit- on obferver dans l'ufage à^s 
«rmes ? 

R. i°. Le- termes ne doivent avoir qu'une feule fîg 
cation; s'ils en avoient pluiieurs , il faudroit déclarer 
quel (e-K on leur donne. i°. Dans l'emploi des termes , il 
ne faut jamais s'éloigner de l'ufage reçu. 3 . Lc^ termes 

A i 



4 
équivoques, c*efl m de plusieurs 

les i 
ie tantôt une Lation, 1 ci >mef- 

tique , e\r ta tôt une I les 

mot 

des f rapport 

aux hommes, aux arbres, aux m< ita ne . 
tous ces r . ê re divi enfuite 

défigner ce qu'ils fignifient. 

D. Notre efprit fc borne- 1- il i avoir des idées claires 
& nettes des çhofes i 

R. S'il en reftok ii , fes connoiffances feroient trop 
bornées. Quand notre ame a des nettes eV précifes , 

elle p?ut les compare 
commun ou de diflèmblable, ôc enfuit 
fur ce qu'il en • enfe. 

Du jupcmt 

D. Comment appelle-t-on cet: 
notre entendement ? 

R. On Tappelle jugen îfe^que 

mon habit eft rouge ou \ic pas bl 

jugement; cV qi 
proposition. 

D. Quelle eft la nai 

R. Lorfqu'il eft ( 
d< ux j ées e -mie; &api 
viennent ou nnent pas en 

ce rapport cj f< eft compi 

ou qu'elle n'y eft p I 

D- ( ■ ' l I ment eft vrai ? 

R- t n j igement 6 I ind il un 

c ^"' il eft faux quand ii p 

:'xd je dis, 



I 

trois & trois font fix _, mon jugement eft vrai ; car trois 
répécé deux fois eft la même chofe que Jîx. Ce feroit de 
même, fi je d; foi : deux Se deux d'un côté, 6c: quatre de 
l'autre, font la même chofe. Au contraire je me tromperois 
Se ferois un jugement faux fi non cfprir afiîrmoit que deux 
Se un font quatre. 

D. Que faut-il faire pour ne pas fe tromper dans fon 
jugement? 

R. Il faut bien examiner Tune de l'autre des idées- fur 
lefqu elles on veut prononcer , & n'en affirmer que ce que 
l'on voit , Se comme on le voit. 

D N'y a-t-il pas d'autres règles pour juger fi un juge- 
ment en: vrai ou faux ? 

R. Pa$ absolument d'autres. Quand nôtre efprit reçoit 
une impreffion , il doit l'examiner attentivement, Se ne 
pas s'arrêter à la première lueur qu'elle lui préfente. Lorf- 
qu'il en a planeurs, il £n\t qu'il ne les confonde pas les 
unes avec les aiitres , Se qu'il n'unifie que celles qui font 
fai es pour ail r enfembîe. Quand cela e(t fait, tout eft dit 
pour îefpritj il d'autres moyens pour augmenter 

les connoiflances aue de la venté d'un jugement ou de fa 
faufleté , conclure la vérité ou la fauflèté d'un autre. C'en: 
ici la croifième Se dernière opération de l'efprit. 

Raifbnnement. 

P. Corni m : cz-vous cette dernière opération de 

l'entendement humain ? 

R. On l'appelle rdifonnemenu Le jugement unit ou 
fépare des idées , Se le raifonnement unit ou fépare des 
mens. Ainfi , quand mon efprit prononce , le f âge eft 
Heureux s c'ei it qu'il fait -, il affirme queL terme 

heureux convient à Y homme fage. Mais fi je dis , le 
fige eft heureux j puifquil vit content -•> & que le bonheur 
'"Jle à être content; je raifonne , 6c je prononce que 

Aj 



les idées qui compofenr ces trois divers jugemens, con- 
viennent: cntr'elles c\i rendent abfolument la même idée ^ 
puifque le bonheur confifte à être content, & que le fage 
étant content , il e(t évident qu'il eft heureux» 

1 ). Que fait alors mon eiprit ? 

II. Il hit la même chofe que lorfqu'il juge. Dans l'un 
& l'autre cas , il n'a que des idées a examiner & a com- 
parer enfemble. Quand je juge, j'unis enfemble deux 
l que je vois convenu cntr'elles 5 & , quand je rai- 
fonne , j'unis trois idées que j'rmperçois erre faites pour 
fe convenir réciproquement. Ainfi , quand j'ai prononcé, 
le fage cfi heureux , j'ai fait un jugement • mais , pour 
voir fi je ne me trompois pas dans ce jugement , j'ai 
cherche ce qui étoit propre à rendre heureux , & j'ai 
trouvé que c'étoit d'être content. Alors , ccnnoiflànt que 
ces ci >is idées fage , heureux, content, convenoient en- 
femble , ou , pour mieux dire, que les termes heu- 
content & Jage ne rendoient qu'une feule Ôc même idée 
complexe 3 j'ai pu , fans craindre de me tromper, pro- 
noncer le raifonnement que je viens de rapporter. 

D. Poir bien raifonner que faut-il «lonc avoir fait? 

Pv. Il faut s'être bien attaché à connoître la nature ces 
idées qui doivent entrer dans un raifonnement , &r n'en 
prononcer que ce que l'on en connoît. Quand l'efprit 
eft arrivé à ce terme , il ne peur aller plus Loin. '1 oui 
ce qui eft au-delà n'efl: plus de (on rellort ; il i*e voit 
rien que fes idées , (on domaine & fes counoillances ne 
s'étendent pas plus loin. 

D. En combien de manières notre ame peut-elle 
agrandie fes idées ? 

R. En quatre : par rencontre , ou par proportion , on 
par fîmilitudc) ou par comparai/on. 

Pat rencontre, le n'ai jamais vu de perroquet , on m'en 
montre un , celui que je vois laiile dans mon eiprit i' 
d'un perroquet. 



7 

Par proportion. Jamais je n'ai connu de géant ; Je 
m'en forme cependant une idée , en augmentant dans 
mon elpric la hauteur des hommes ordinaires que je vois 
tous les jours fe préfenter à ma vue. 

Par Jimilitude _, lorfque je me forme une idée fur le 
modèle d'une autre. Je n'ai jamais vu d'autre ville que 
celle où j'habite ; <5e, fur l'idée que j'en ai prife , je me 
forme l'idée des autres villes. 

Enfin par comparai/on ou par compojîtiox* Je vois d'un 
côté une tour, eV de l'autre de 1 or j je compofe ces 
deux idées , 8c je me forme l'idée totale d'une tour 
d'or. 

D. N'y a-t-il qu'une feule méthode pour Juger de la 
valeur des idées , des mots , des juge mens ôe des rai- 
fonnemens ? 

Pv. Non ; c'eft toujours à la nature des idées qu'il faut 
avoir égard. L'efprit ne voyant que fes idées , & ne raifon- 
nant que fur (es idées , n'a d'autres moyens , pour juger de 
la valeur de toutes fes opérations , que de voir fi fes idées 
font claires , diftinctes , & conformes à ce qu'on nie d'elles 
ou à ce qu'on en affirme. Ces principes , par exemple , 
il n'y a point de montagne fans vallée , U oui nejl pas 
le non, un & un font deux , ne nous paroilïint- certains , 
6c ne laitTent dans notre efprit aucun doute , que parce 
que nous voyons clairement qu'ils énoncent des idées 
tellement vraies , t llement claires , qu'elles ne peuvent , 
quelque fuppofition qu'on puifïe fane, être autrement 
qu'on les annonce. Effectivement , qui rie voit ou premier 
inftant que l'idée d'une montagne, c'eft-à-dire , d'un 
lieu élevé, eft unie à ridée- d'un endroit bas, qui lui eft 
contigu j quun & un d'un côté , & deux de l'autre , font 
la même chofe ; que le oui & le non donnent des idées 
tout oppofées ? 

D. Il eft donc inutile de recourir au fyllogifme pour 
découvrir la vérité d'une propoiuicn ? 

a 4 



s 

R. A bfolument inutile. Il eit bien plus sûr , bien 
(impie, plus facile , pli 5 natur ! JV 5 de 

chaque propofition,de voir le r.cun 

ce ces termes, de c Iles ont de 

mun 0.1 île différent , «5c de n'en prononcer 
que l'en en V 

Dca ves de nos c ::s. 

D. Ne pourr 
connoilTances d 

R. Tomes les vérités â la connoi fiance dei 
l'homme peut p : lifent à Gx claflêj di 

rente : i . Ie_j>rinci^e , a celles de raifonnement , 

à celles dlautoricé ou de elle: il in- 

s , à celle*? d'analogie. 
y a-t-il pas = les certi 

R. Il y en a de 
phyfiques , I 
. 

II. ititiides : -r.i font .les 

ble qq 
emple , un cercl 
jou-sun figu n . 1 - 

que 1 p . -r. ' aura touj 

roujo \s tn 

, le blanc ne fera ja 

B de 

Litre ne donneron 
& de | 

reftent 

* 

1 



9 

la morne chofe ; qu'un n m: • 

pieds , & que la. m in i 

il l'on Ôte les deux bouts d' • un 

bâton; eue dire a/z kri^r 

c'eft rendue la même idée par des j 

que penfêr & exiffc'er font deux choi s ij les. 

D. Quand efl-ce qu'une | non éft certaine d'une 

certitude phyfjque ? 

fî. Uiie pt opofîtïon cil certaine d'une cërtîriid phyfique* 
quand fa vérité cft appuyée fur le cours de ia nature. 
Par exemple , quand je dis , le foleïlje lever ■ dema n 3 les 
fidr^zs ne retournent pas vers leunjbufce le '.erres qut 
l'on jette en l'air retombent toutes vers la terre , le fez 
confumt le bois auquel on V applique* ^ le.\ ": - : 

a je mettre de niveau; j'annonce dt • les , 

parce que toiite? ca proportions feront toujours vraies, 
tant que les lois de la nature - confçrvées. 

D. Qu'appelle-t-on certitude morale ': 

R. Unepropoficîon efteertaine d'une ce titude morale, 
quand elle efi appuyée fur une alîlirance telle qu'on peut 
lavoir dans le cours ordinaire de la vie , & le train 
commun des chofès. Telles four celles-ci: il y a une 
ville nommée Rome j Alexandre s'ejl rendu fameux par les 
conquêtes j les Romains ont eu un empereur nommé A::- 
tohihj &c. 

Une proportion ef: Amîc moralement certaine , quand 
l'jfp ic n'a aucune erreur à craindr. , tant que les mœuri 
dèfs hommes feront les mêmes. Elle cft phyfiquemenç 
sûre, quand elle ne fauroic erre autrement, à moins 
qu'on ne déroge aux lois de h nature. Elle cù méra- 
phyfiquement certaine , lorfqu'elîe ne peut, dans aucune 
fuppohtion , ceirer d'être ce qn'eil; eft. 

D. Et les vérités de conféquence, qu'-îT ce oue c'eft ? 

R. Les vérités de conféquence ou de raifonnement font 
celles qui ne fe découvrent que pat la réflexioa, q::c 

Suite du plan d'inflruclion par Wandelaincourt, A 5 



ïO 

par Périme fc p.ir une c ilfôri exacte i 

idées cnfembl . i • font porc, x ('ait ■ 

tes j- ■ exhat i ■ - la t rtc , 

pro : ; . nature j on n'en acquiert li 

i i . .-. hit f. r le^ idée te 

les termes qui [es c< mp ifènr , de lorreque ceux qui j. t! 
pas ratfonne fui I ers, n'en âorinoiftent ni l ni 

ni la certitude. ( efl: | l'on les appelle véi 

de conféquence. Or ces vérires font a lli certaines 
.s de principe! : les unes & î<.s autres font fon 
iur la clarté des v es dont la cûiiti.cie paile dune pro- 
portion a une autre. 

D. Quelles font les vérités de fait & d'autorité ? 

R. Nous avons des vérités de fait, toutes les fois que 

nous nous affinons de l s le quelque tait ou par nos 

rvatiofi! , ou pat le t ;nage des autres 

hommes. Je n'ai sriqne , Scmoninu- 

des antipodes) copen* 
exifretsce dj ces portions du 
: iniques que Vàé 

. de trois fiècles. 

D. Et le de Lus, que font-elles ? 

r nt hors de nous excitent fur nos 

[aines fenfatiohs qui le 

comi ... c , pour qu'elle foit avertie de 

tous l( fur 

■ 

les corps < ; 

n • , & celles - -• La 

. de fenfati & der- 
• 

. : l'odorat &. du 



1 T 

toucher. Les p^qpqfiiions il y a des catp\ , il exiflc du. 
mouvement , renferment des vérités que nous ne connoif* 
fous que pat fimprcfilon que les corps tenu fur nos tens. 

D. Les vérité; de fontiment intérieur fe font elles cou- 
noicre faci&merit ? 

R. Les ventés cîe fentiment intérieur font celles qui 
ont pour objet des choies que n'qtré -me fent 3e connoît 
p-.r le fimple fèntimeht quelle en a 5 8c fans avoir befoin 



de raifbhner ou de difcpurir! Ces proportions , je penfe 
je foujfr* 9 f ai faim 3 f&i de la joie i expriment des vénti 
de cette cfp'ce. Je u ai faefoin iiî aJétudèi ni de médita- 
tion, ni de travail, pour en coniïoîtra la vérité. Elles fe 
fou: également kntir à tous , au:: ftupides comme aux 



pi; 
nommer les plus favans. 

D. Et les vérités d'analogie- 3 que font-elles ? 

R. Au défaut des cpnhoiïïances précédente:, on juge 
par analogie, c'eoVà dire qu'on juge d'apiès certaines 
proportions de certaines convenances , par certains rapports 
d'une chofe a une aune: aiiili', de ce que je vois qu'en 
Europe Us œufs couvés pat une poule produifent des 
(poulets , j'en conclus que la même chofe arrive en Àmé- 
îique $c dans los aunes parties du monde. 

De la nature des cinq principes de nos connolffcnces* 

D. Ces feuîs moyens eue nous ayons d'augmenter nos 
connoiiîances, ont-ils tous h même certitude ? 

R. Non ; îa nature, qui ne nous a donné que ces fcco'urj 
pour arriver aux connoi fiances ? n'a pas attaché le mérns 
çlcgré Je certitude à ces divers moyens : ils onr chacun de* 
principes particuliers qui leur fervent de fondement, ôc 
c'eft de leur jufte applicatioi que dépend tour lart de la 
logique. 



Il 



Tjt la nàti 

D. QueJT« eft la h'âs 

R. Le fetmment in; : 

l'homme ce qui fe p lui, ce 

ion cœur éprouva > comme quani 

joie ou de Li douleur, I e femiment : 

ce nui nous afrtete, ii fe borui là j & • 

ployer dfaucçes moyens pq'uiç c ; ; : 

qua • chofes cjuî agiffent \ Je . 

proche du feu, le fericîn eni intime 

tion agréablç ou dé 

va pa: plus [pin ; c e i à ! . . „- 

ment a m'apprerrarè il fa -: : I fe' ao 

ciù r.; T it fur moi, ou fi la i cion r . . : da i 

mon ame. 

Quelque le feraiment intérieur ne ne . .-, fui la 

nature des chofes qu'il n 

p. s moins une fource ne certitude p 
jgui pqus apprend cjd . 

. cens mouver 
efl chargé deveiller 
;• les dirrerens h 
qu'il nous donne de c rfes< 

fi fçniibtev elle eft fi. vi ; . : :.. ' nous 

eft impcrriblè ce nous rr rriper fur 
^jui pourroit-on perfuade tout ce 

l'arTecl* p?.: ? ce (erci: 

cjue quoiqu'il fente, il n . 

efc & n'eft pns en même l 

qu'il font quelque chofè; qu'il pis ; 

comme lî le (intiment d'u 
fépa;t de cc::e Lmpreffi an i-.. 



13 
De la nature d \ce. 

D. Quelle idée doit-on 
& d tee ? 

R. Les ' de principe &r de c tou- 
jours fondées fur l'e vi- 

irs vrai , touj 

dans routes les : : ft : , par 

i notre atn , d i nos 

e du foie il ( I un- 

ion qu'elle fait fur . le, fi v 

ç . « ceux qui n i fou 

nce. L'evic. nce st fur nos ef- 

lès qu'elle exi rit & 

les dis »îs elle remîie , & 

elle .'.'on ne peut s'y mé-- 

he. Ain i fière (tune évi- 

■ de principe, d: la con- 

c jn , zz/z cv u ■' ; s'il y a des créatures j i/ 

• un Cn emmène à notre 
efptic e. . p 

ble de ia véi c , qui! furL 

les prononcei - 

Ve la nature dufentiment extérieur. 

D. Pourquoi les (ens nous font-ils donnés? 
. Les fens nous i 

lieu !e 
t ne I ... 



*4 

R. Nous ne cormoiflons la nature d'aucun de nos fens ; 
nous (avons feulement qu'ils font tellement diipofes, 
que les fenfations qu'ils éprouvent fe communiquent a 

notre ame : mais nous n'avons aucun moyeu pour con- 
noître la manière dont cela fe fait, ni le rapport qu'il y 

a entre l'objet q pe no-, fens eV le fentiment qui 

notre ame éprouve eu cette occafion. 

D. Nous connoklbns du moins la nature de nos fen- 
fàtions ? 

R. Point du tout. Nous ne connoiiTons nos fenfar.ons 
que parce que nous les éprouvons. Nos fens nous arer- 
tiflent de leur eiiftence , mais ils ne nous difen: rien de 
leur natu e. 

D. Connoilïbns-nous la nature des corps qui agiflTcnt 
fur 



nous 



R. Nous ne connoiffons toutes ces chofes que par les 
impreffions qu'elles font fur nos fens - y &c nous venons de 
dire que les fens ne nous inftruifent que de l'exiftence 
dos objets qui les frappent. 

D. Ne pourriez- vous pas me donner une idée de li 
manière dont fe font nos fenfatto 

R. Le cerveau eft comme la racine de tous les nerf ; 
le centre cù fe réunifient nos fenfations eft l'endroit du 
cerveau dans lequel fe fàït h reunion de toutes les ori- 
gines nerveufes : il y a Là un point de communication 
fur lequel frappent les cinq organes de nos fens, qui foa: 
tous pour cela placés 4ans ion yoifinagfc C'eft à 
de cette méchanique que lame appercait tous les chan- 
gemen que les co ps étrangers opèrent fut celui dont la 
clirecTion lui eft confiée , 6c produit à (on tour les mou- 
vemens qu'elle juge à propos de lui communiquer. 

D. Que font donc nos lins ? 

R. h r o$ fens ne doivent être regardés que comme des 
ns, des milieux, des portes, pou: introduire &c 
perrer ?.: fenfation jufqu'â notre ame. 



M 

P. Que faut-il obferver clans chaque fenfation ? 

R. Il faut obferver trois choies dans chaque fenfation: 
i°. le fentiment qu'ei e nous fait éprouver 5 i°. le rapport 
me nous en lofons à quelque choie huis de nous ' y 
3 . le jugement par lequel nous prononçons que l'objet 
extérieur a effeéHveîrient ce que nous lui rapportons. 
Or il n'y a ni erreur ni conhdion dans ce que nous 
fentons j il n'y en" a point non plus dans le rapport que 
noi s en faifons à une chofe qui eft hors de nous; mais 
il peut y en avoir lorfque nous jugeons que cette chofe 
a ,e eue nous tentons. Par exemple, j'ai l'idée d'une 
tour ronde, Se je rapporte cette idée à une tour quar- 
rée , que je vois de loin > dans ces deux cas, jl n'y a 
rien qui ne foie vrai : mais , fi je juge que cette 
tour que je vois dans réloignemeni', eft ronde, mon 
jugement peut être faux ^ car il peut le faire que je ne 
voye pas les angles de cette tour , parce que je ta re- 
garde de trop loin j Terreur ne feroit donc que dans le 
dernier cas , & elle viendroi r de moi & non des iens , 
qui ne nous averuflent que des affections eue nous éprou- 
vons. 

D. Que faut-il pour que nous ne nous trompions pas 
fur l'exiftence des corps? 

R. 11 faut, i°. que L'objet foit dans une iiftance con- 
venable-car l'expérience nous apprend qu "un corps diminue 
à nos yeux à proportion que nous nous éloignons de lui , & 
qu'il femble groflïr à" médire que nous en approchons. 
G'tft pour cela que le fcleil ne nous paroît plus 

gros qu'un plat, quoiqu'il foit un million de fois plus 
volumi leux -que ; a terre. i°. Il eft nécelfaire que l'or- 
gane ne foit point vicié, comme dans un homme qui 
voit tout jaune, parce qu'il a la jauni/Te. 4 Q . Que l'objet 
ri foi: pas vu dans différens milieux, comme il irrive à 1 
un bâton dont la moitié eft ploi gée dans l'eau. 4 . Que 
h vrai fens foit employé : c'eft pai' ce défaut que la i;_. 



i6 
nourriture me paroît ta-i itot défagreable; 

j'ai faim, & éable quand je n'ai 

pji»: 

De la n tturt <L - iie. 

D. eft la nature de l'autorité r 

P>. imaine eft le témoignage des hommes, 

qui nous aflurentde la vé ité a un Eût. C eft p.r die qui 
nous fav >ns q ni y t p rtie de la terre qui s'appelle 

f*g\y e le Pérou nous fournit de l'argent, que 

, Ciceron ( hriftoph Colomb on 
Ce II à la dépofiri >n des écrivains cV i la tradition que 
n >us foi svables le tous 1 s faits: qui compi 

iimmen :\on de l'hiftoire ancienne. Or, \t të- 

n s, dans ces circonstances, a tant de 
t'il n'eft pas p lui réfifter , par;, qu'il 

1 . I nés d: divers pays . de 

, fe (oient accordés pour atteftet des faits 
nt faux. 
D. . hommes ait ce degré 

tut-il pas qu'il foit revêtu de certains 
caractère 

R. il faut obfr s chofes dans le témoignage 

l'un ou lépofeni 

i i fait , qui eft combattu : 
peu-pri 
ne d uteux , étant ap- 

_ faux bi 

'une pi >1 



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$*. Toutes les fois qu'an fait eft rapporté par pi 
témoins oculaires qui n'ont pu être trompés, & qui étoieni 
dans rimpoilibilité de tromper les autres , quand ils ! 
roient voulu 3 ce fait produit une certitude 
qui équivaut A une certitude met:.phyfique. 

D. Comment pourn-t-on juger û un fait eft rapporté 
par des témoins qui n'ont pu être trompés ? 
R. Cela dépend des conditions fuivantes : 
i°. Lorfqu'il eft queftion d'un fait que les témoins 
aflurent avoir vu de leurs propres veux £c avoir examiné 
avec la plus fcrupuleufe attention. On écoute un homme 
qui dit y jai 

i°. Lorfque le fait eft fimple, palpable , public, d'une 
grande conséquence , 5c à la portée de tous les hommes, 
même les plus groftîers. Les faits publics engagent par 
eux-mêmes à la difeuflion. 

3°. Lorfqu'il s'eft paiîé en plein jour., en face d\ 
multitude aflcmblée , & non dans les ténèbres & 
très-peu de perfonnes; car, tandis que la vérité 
grand jour, le menfonge & la fraude cherchent Pobf- 
curité. 

4°. Lorfqu'il importe infiniment aux témoins d\ 
miner fi le fait eft vrai ; par exemple , fi la for tune , ou ia 
réputation des témoins en dépend. 

5°. Lorfque plufîeurs hommes ont vu le même fait , 
ou s'il n'eft rapporté que par quelques témoins, mai* 
qu'ils en apj iux habitans d'une grande ville, & 

que ceux-ci apj ' n 'Z c ^ es ptécédens par 

leur déposition. 

D. Mais comment m'aiîurerai-je que les témoins 
pas voulu ni pu me tromper ? 
R. F:«r les moyens fuivans : 

i°. Lorfque plufieurs témoins racontent le même fait 
(eparément les uns des autres, f ns avoir pu agir 
cert, cV que tous cependant fe rapportent dans toute 
circoftftancts. 



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2 e . LorfqiTils font originaires de diffërens lieux, Ôc non 
de la même famille ou de la même profemon. 

5°. La fque les témoins dép >fent fur la v ri ce tfi ■ 
fait qu'ils feraient intérefles a cach r- lotfqu'il« parlent 
contre leurs inclinations & leur bien être} fi i >ina 

divifés d'intérêrs & d'inclination concourent à nous al- 
lure r ce fait. 

4°. Si ce fait n'eft pas nié par ceux qui ,. ( 

de le nier*, Se d'en découvrir la fraude, s'il y en avoit. 
5°. Si les témoins font connus pour des hommes fin? 
cères & d'une probité a toute épreuve. 

6°. Si les témoins donnent ces preuves non équivo* 
eues qu'ils font intimement perfu des de la vérité eu 
lait qu'ils annoncent, comme, s'ils agiflent conféquem- 
ment à Lur témoignage j s'ils reforment leur cond ite 
fur le plan de ce fait} s'ils aifurent conftam nent ce fait , 
même au rifque de perdre leur bien, leur réputation , leur 
repos Se là vie. 

7°. Si leur témoignage eft conforme a des monumens 
qui tirent leur origine de ce fait, f es guerres civiles du 
triumvirat, par exemple, font un fait certain dans l'hit- 
toire romaine • celles qu'alluma Cromwel en Àngletc ue , 
& qui lurent à la fois l'origine de fa grandeur, de la chute 
du parlement & de l'épifcopat, de la mon du toi èx ce 
la defvrucUon de la monarchie , font rappelées dans toutes 
V-s hiftoiresde ce temps-là^ mais le changement cuects 
guerres causèrent dans la forme du gouvernement en eft 
une nouvelle preuve. 

8*. Enhn, pour réunir tous ces motifs , un écrivain eft 
d'autant plus croyable qu'il eft plus clair- voyant 9 plus ju- 
:un , pi -s attentif!, plus habile, moins crédule, moins 
inte relie au récit des faits qu'il rapporte. Si un ajoute à 
cela que le fait cft poflible, que Iniftorien l'a vu de fes 
propres yeux, ou qu'il l'a appris de témoins oculaires, 
dans lefquels on ne peut foupçonner .aucune feduenon ni 
nulle envie de féduire les autre; ; G bailleurs on ne peut 



*9 

lent fuppofer ni ambition j ni flatterie , ni bafleu f e, ni 
intérêts , le témoignage porte efi lui-même des marques 
authentiques de vérité. 

Cependant , pour qu'un fait foit regardé comme véri- 
table , il n'efl pas né.eflaire qu'il foit revêtu de tous les 
caractères dont ou vient de parier. Combien n'en croyons- 
nous pas fur des preuves moins coniidérabies ! Mais , 
lorfque des faits on: la gloire de les avoir pour eux , ils 
font inacctlîioles à la critique la plus rigoureufe. 

De la nature de L'analogie & de fa force dans les fïences. 

D. Que doit-on (avoir de la nature de l'analogie? 

R. Le mot analogie eft grec , il (ignitie même raijbnne- 
ment\ nous l'avons emprunté d s Grecs pour indiquer le 
rapport , la proportion , les convenances que les chofes 
ont entr elles. 

Dans les raifonnemens qui font fondés fur l'analogie , 
on applique ce ou or. a découvert dans certaines chofes 
a d autres quon na point eu occauon d examiner : par 
exemple , j'ai vu des chiens prendre le chemin le plus 
court pour arrêter un hévre dans fa fuite; j'en ai vu qui, 
cou t-a- Coup arrêt 's dans leur courfe par une proronde ri- 
vière , alloient chercher, pour la traverser fans rifque , 
un pont fouvent très-éîoigné; & j'ai conclu de ceci, Se 
d'autres obfervations pareilles , que les animaux ne fui- 
voienr pas, dans leur? moutemens, les lois de la mécha- 
nique , & qu'ils n'étoient pas des autocrates cv' de vraies 
machin:?. 

On fait iTn ufage fréquent de l'analogie dans toutes les 
i tences, dans les arts, & dans toutes nos opérations; c'eft 
à elle eue nous devons nos plus belles découvertes ; c'eft: 
par elle que nous fomn es parvenus à mefurer les cieux Se 
la terre, que nous avon-ï déterminé les quatre faifons qui 
partagent l'année j que nous expliquons l'inégalité des 
jours, que nous fommes parvenus à* nous faire une idée 
antipodes, à foi c la figure de la îrre, fon 



20 

rement , celui d n moi , 

par 
le :1. 

Pour jug i e Ici 

règles du raifoi t 

2?:/ p b :. 

D. Que devons-n 

pas I'ev 

il : . :. 

Lorfqu'on ne pe\it atteindre 

, la vraifemblcnce fetï 
viaifemblable pi 

dans les chofi r , il 

faut que les \ 

cables, qu'ils falîent preîque dif;aj 
du faux 
on coutt ri t 

ni utilité ni 
n'eft app 

f e d ci - ~ 

\ einbradj . ni p 

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